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Candle lights

Pour faire dans l'originalité, on a mangé une bûche. On a finit par la bûche, en fait. Parce qu'on ne rigole pas avec Noël. C'est comme une compétition, il faut que tout soit bien fait. Il y a toujours de tout, et par de tout, je veux dire de tout ce qui se mange à Noël. Pour ceux qui n'aiment pas les huîtres, il y a du saumon; pour ceux qui n'aiment pas les escargots, il y a du foie gras; pour ceux qui préfèrent le crabe aux gambas, il y a du crabe, et tant pis si on mange ce qui était prévu pour le lendemain. Pour l'occasion, j'avais prévu de relever toutes les petites remarques cyniques qui auraient pu êtres dites à table (celles de mémé sont souvent très bonnes), histoire que cet article prenne une tournure un peu plus crasseuse, dans le style famille trash... mais avec un Noël aussi conventionnel, j'ai du déclarer forfait. Si il avait neigé, nous nous serions trouvés dans une dimension parallèle du parfait stéréotype. Je ne dis pas que je n'ai pas aimé, au contraire, j'étais le premier au taquet, comme emporté dans le courant. Et puis ça me réconforte de voir que chaque année, on arrive toujours à ce résultat de foie gras sur toasts, que notre état n'empire pas, en quelque sorte (on résiste à la crise). On peut même dire qu'il s'améliore: cette année, c'était bûche au mâcârons -plus personne n'avait faim- de chez Merling: un genre de bombe calorique tellement légère qu'on ne voit pas le danger. Il est minuit lorsqu'on a tout débarrassé et qu'on entame alors la septième bouteille, et que ma tante commence à voir double. Les enfants sont couchés, c'est alors que commence l'excitante distribution de cadeaux tous très originaux -de l'argent et des chèques cadeaux-. Ma tante est complètement bourrée, ça y est, je ne suis plus le premier au taquet. J'ai passé la moitié de la nuit en alerte, et tant pis si demain on se lève tôt -on recommence Noël, mais avec l'autre moitié de la famille -la beauté du divorce. Je dors avec mon père, c'est comme ça, il n'y a plus de place ailleurs. Bien entendu, il n'y a plus de place ailleurs, les places au calme sont toutes prises ! Au premier ronflement, j'explose: je préfère anticiper et passer la nuit sur le canapé. Et le lendemain, tout le monde au restaurant avec l'autre partie de la famille: aujourd'hui on mange en compagnie des plus beaux spécimens de sapins de Noël. Aux tables voisines, tout le monde était décoré: il y avait plus de joaillerie dans la salle qu'à une vente aux enchères. Et ça se passe assez souvent comme ça pour Noël, j'ai remarqué. Déjà avec les décorations, c'est sur les petits balcons que ça clignote le plus. Eh bien c'est pareil chez les adultes: moins il y a de place, plus on charge en bijoux. Et du coup, c'est toujours la petite mamie rabougrie, qu'on a placé en bout de table -exception à notre famille- qui remporte le gros lot: recouverte de ferraille des boucles d'oreilles à la broche. Chargée de mauvais goût. Et moi, ce qui me rend heureux, c'est de voir que ma famille a été épargnée de tout ça. Vive Noël, c'est toujours mieux chez nous.

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